Arts&Publics en 2025 : lisez le rapport d’activité

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs. Disons-le, haut et fort, car beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.
Ariane Mnouchkine

Apocalypse Now? 

À sa sortie en 1979, j’ai beaucoup apprécié le film Apocalypse Now! Il m’a fait découvrir à la fois un point important de l’histoire contemporaine des États-Unis et aussi d’importantes références du début du XXe siècle:  l’œuvre de Joseph Conrad dont il est inspiré et la poésie de T.S. Elliott. 

Étudiant à l’ULB en sciences politiques, une dizaine d’années plus tard, j’ai eu l’occasion de faire un travail important sur le sens politique de ce film, symbole des contradictions de la société américaine.

Il se situe à un point d’orgue de l’histoire américaine. Celle où la contestation de la guerre se fait culture par l’émergence d’une contre-culture symbolisée par les signes de la paix, Woodstock ou encore les affiches à l’effigie d’Ho-Chi-Minh… Cette guerre culturelle opposant une vision hiérarchique et autoritaire et une vision plus libertaire de la société, prend plus ou moins fin à cette époque.

Jusque là, le XXe siècle a fait la part belle au progrès social et au rayonnement des idées démocratiques. A partir de la fin des années 70, il laisse la place à une vision ultra-libérale et parfois aussi socio-technocratique. Aujourd’hui, ce modèle bousculé de toutes parts par l’individualisme radical et l’avènement du libre-échange au niveau mondial est à bout de souffle et laisse la place à une idéologie bien plus conservatrice qu’on se doit de qualifier de populiste symbolisée par la personnalité de Donald Trump.

Pourquoi donc ce détour par une analyse de l’histoire des idées du XXe siècle et du début du 21e pour parler de l’année 2025 au sein de Arts&Publics? Tout simplement parce que nous sommes au centre d’une véritable guerre culturelle qui ne se mène pas qu’à travers les politiques en matière de culture. Cette guerre se mène aussi au niveau des politiques de soutien à l’emploi et par la réforme du chômage.

Les politiques de l’emploi qui doivent accompagner cette dernière font partie de cette guerre idéologique. Rien ne dit aujourd’hui que ce sera un succès ni un échec, mais tous les signes sont là pour penser qu’elles vont dans un premier temps, créer une augmentation de la situation de pauvreté dans tous les milieux sociaux et dans les milieux culturels en particulier. La réalité budgétaire bruxelloise risque aussi d’emporter des opérateurs utiles mais fragiles !

Chez Arts&Publics, la première partie de l’année fut consacrée à une réorganisation et une remise en question. Le manque de perspective a engendré un mal-être chez plusieurs employés qui ont abouti à leur départ dans le courant du second semestre.

La seconde partie fut plus joyeuse tout occupée par la réalisation de livrables importants.

Notre formation Arts&Insertion a réuni l’ensemble de notre formation ISP. Plus de cent candidats ont postulé pour trente places. La sélection fut rude. Le processus de formation fut relativement comparable aux années précédentes. L’organisation d’un événement de clôture Zoom Arts&Insertion sur base de la Criée organisée les autres années a ajouté une dimension.

Notre programme d’insertion s’articule désormais autour de sept thématiques: Patrimoine, Medias, Primo-arrivants avec une attention aux MENA et à la Communauté ukrainienne, les Mamans solos, l’art en milieu de soin, et les projets musicaux.

La seconde édition du Zinnegames Festival fut un succès. Capitalisant sur le succès de l’édition précédente. 600 personnes aux activités scolaires. 900 aux activités tous publics. Plus de 1500 personnes au total. La troisième édition est programmée pour 2027.

Les ateliers numériques continuent à intéresser de nombreux partenaires, associations et écoles. Ils manquent peut-être d’un projet fédérateur. La diffusion de la mellette JV-Décrypte n’est pas à la hauteur de nos ambitions. La mise en place d’une Maison des Cultures Vidéoludiques en notre sein est plus une espérance qu’une réalité.

Le rapprochement avec les asbl Saint-Jazz et Diapason s’est prolongé par l’élaboration commune d’un projet Horizons musicaux qui verra le jour en 2026.

Le rapprochement du Musée d’Art spontané s’est concrétisé fin de l’année pour devenir opérationnel en 2026.

Le programme Arts&Stics a produit 17 modules pour 150 participants. Il a fait l’objet d’une évaluation début 2026 et reprendra en juillet.

2026 sera un point d’orgue. Nos mandats en Économie Sociale d’insertion viennent à échéance. La Région de Bruxelles-Capitale a un gouvernement. Comment va-t-il se positionner? En tout cas, les finances ne sont pas bonnes et le maintien d’une forte politique d’ESMI n’est pas une évidence. Nous sentons bien la pression qui pèse sur les CPAS et qui a des conséquences sur leur capacité à libérer des article 60.

Arts&Publics a continué à s’installer dans le paysage ixellois à divers degrés : partenariat avec la Maison Malibran, rôle d’Ambassadeur du budget participatif, participation à la plate-forme culture, ateliers de création Jeu Video dans les écoles de devoirs,…  

Notre travail dans le CQD Héliport se termine sur une note positive avec le projet d’un travailleur article 60 qui se mène au Coin des voisins dans le périmètre.

Début 2025, les nouveaux gouvernements nous avaient promis du sang et des larmes. Au niveau du gouvernement de la FWB, l’existence d’une politique de plein exercice nous a permis de renouveler des aides importantes comme le programme PCI pourtant mis à mal, le soutien du Conseil de l’Éducation aux Médias et le soutien via la Lutte contre la Pauvreté à notre projet Crea-solo visant les parents solo. Au fédéral, par contre, l’abandon peut-être définitif du programme Digital Skills nous prive d’une manne financière importante qui avait permis de structurer une partie importante de notre activité de 2021 à 2024.

Tout ce qui porte atteinte à la Culture raccourcit le chemin vers la dictature, nous rappelle Albert Camus. Il y a dans la réalité actuelle, une part de l’accomplissement de la prophétie de Gramsci par l’apparition de monstres entre l’ancien et le nouveau monde. L’Europe fait face à la montée de l’extrême-droite, aujourd’hui au pouvoir dans quatre pays de l’Union européenne. Elle fait face à la guerre désormais omniprésente à ses portes. Celle-ci engendrera son lot de Colonel Kurtz, figure centrale d’Apocalypse Now incarnant la folie et la déshumanisation nées de l’horreur absolue de la guerre. 

Et si mettre fin aux fonctions du Colonel Kurtz était l’enjeu de la guerre culturelle en cours? Face à ses excès, l’armée américaine a décidé de se débarrasser de lui… Sans échappatoire aucune. En sommes-nous capables? 

Comme Ariane Mnouchkine, je le crois. Car nous sommes acteurs de notre avenir et de celui de la société. En misant sur l’éducation, l’innovation et les forces de la création, il y a moyen de réenchanter notre histoire et de créer de l’espoir. Chez Arts&Publics, on y travaille tous les jours…

Jacques Remacle, administrateur-délégué






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