Miss Djeck, l’historique éléphant d’Asie, à voir ce dimanche 7 octobre à Tournai

05-10-2018

L’historique éléphant d’Asie (Elephas maximus)


Cet éléphant d’Asie à l’histoire très riche n’a pas fini de faire parler de lui, même plus de 180 ans après sa mort ! En effet, son caractère exceptionnel été reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles il y a quelques mois et il bénéficie désormais du statut de trésor de la FW-B.
Son histoire débute en Inde, d’où il est originaire, avant d’être amené jusqu’en Europe en 1806. Après avoir fait un nombre impressionnant de représentations dans les plus grandes villes européennes et américaines, l’éléphant est abattu à Genève en 1837.


C’est en 1839 que l’éléphant est amené en Belgique grâce au botaniste Barthélémy Dumortier, fondateur du musée d’Histoire naturelle de Tournai. Deux ans plus tard, l’animal est monté et naturalisé. Il s’agit du premier éléphant d’Asie présenté au public en Belgique à l’époque. Mais au fil du temps, l’animal a subi de nombreuses détériorations, notamment lors des deux guerres mondiales.
En 2002, le plus vieil éléphant de Belgique est complètement restauré. Restauration rendue possible grâce à un don de Madame Léa Simon-Papyn, épouse de feu Monsieur Paul Simon, conservateur du Musée d’Histoire naturelle jusqu’en 1978 ainsi qu’à la participation de la société d’encouragement du muséum et de la ville de Tournai.

Enfin en 2017, l’éléphant d’Asie reçoit la qualification de Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles ; à cette occasion, une nouvelle scénographie le met maintenant en valeur.

 

Informations complémentaires sur le parcours de Miss Djeck :

La vie de Miss Djeck (le nom que porta l’éléphant de son vivant): une vie d’artiste ambulante dangereuse !

L’éléphant d’Asie (une femelle) arrive à Londres en 1806 en provenance d’Inde (ou de Ceylan ?) avec une autre femelle qui vivait encore en 1831 dans la ménagerie Atkins.

Elle est achetée par M. Sanders père.

Deux ans plus tard, l’éléphant surnommé « Miss Djeck » est vendue à Messieurs Cross et Polito, propriétaires et gestionnaires de ménageries, qui la firent voyager en Angleterre jusqu’en 1814, année à laquelle elle arrive à Bordeaux, où elle blesse son cornac d’origine.

En 1822, elle blesse M. Polito à Marseille. Par la suite, M. Huguet en devient propriétaire et la conduit en Prusse. Elle arrive à Berlin où elle blesse à nouveau son cornac Bernard.

Elle arrive à Paris en 1829, où Adolphe Franconi la fait figurer dans son théâtre du cirque olympique (elle jouera le rôle principal de la pièce « L’éléphant du Roi du Siam » – tout Paris assiste à la pièce). La fin de la saison arrivée, M. Yates, propriétaire du théâtre Adelphi de Londres, l’engage pour l’hiver (pour la même pièce).

En partant, elle blesse M. Yates et fracture le crâne de son cornac Alberto. M. Lott, employé de M. Yates, entre au service de M. Huguet comme interprète. Elle joue encore à Bath, Bristol, Dublin, Plymouth, Liverpool (maltraite encore son cornac Bernard), Manchester, Glasgow, Edimbourg.

A Morphet, elle perce le bras de M. Lott et blesse M. Elliot qui mourra en 1832 à Paris des suites de ses blessures. Six heures après l’incident, elle tue son cornac Batiste en lui enfonçant ses défenses dans le crâne. Elle se produit encore à Newcastle, à York, à Nottingham et à Londres.

Elle part ensuite en Amérique où elle se produira à New-York, Philadelphie, Baltimore, Norfolk, Richmond. Elle rentre à Londres après 9 mois de tournée. En 1832, après les nombreuses blessures qu’elle a infligées, on épointe les défenses de Miss Djeck. Elle revient à Paris la même année chez Franconi, avant de partir pour Bordeaux. L’épointage de ses défenses ne l’empêchera pas de tuer son cornac Albertario en décembre !

L’année suivante, elle est de retour à Paris, où elle figure dans le cirque de M. Franconi. Elle est ensuite engagée dans le manège ambulant d’Alfred Pitrus et voyage avec la troupe. A Troyes, elle blesse Longuet, un des comiques de la troupe. Pendant l’été 1834, Miss Djeck quitte la ménagerie pour être conduite au cirque de Lallane à Rouen. En hiver, elle voyage avec la ménagerie de Michelon qui l’emmène jusqu’en Belgique. Elle se produira à Malines, où elle blesse son cornac Yantès et un maître d’hôtel. A Lille, plus tard, elle blesse son cornac Adolphe.

En janvier 1836 à Doucheray, elle casse le bras de M. Huguet, son propriétaire qui finit par la vendre en février à M. Lott. Elle est alors conduite à l’école militaire de Metz où elle figure dans une cavalcade au carnaval (13 mars 1836). Elle voyage
ensuite encore en Prusse rhénane, en Bavière, rentre en France par Strasbourg, Mulhouse. Puis elle arrive en Suisse par Bâle, Berne, Lausanne avant d’arriver à Genève. Sa longue carrière d’artiste (dangereuse) ambulant touche à sa fin.
Le 20 juin 1837, Miss Djeck est vendue par M. Lott au Dr. François Mayor, qui la fera exécuter une semaine plus tard à Genève après un ultime incident avec un spectateur.

C’est le 21 août 1839, que M. Deyrolle, naturaliste et préparateur à Paris, propose à Barthélemy Dumortier une peau d’éléphant d’Asie, celle de Miss Djeck en réalité. Pour le fondateur du musée d’Histoire naturelle de Tournai, c’est une belle occasion
d’acquérir ce qui deviendra le premier éléphant présenté au public en Belgique. L’éléphant sera donc monté en 1841 au muséum par Jean-Baptiste Loucheur, préparateur du musée. Monsieur Vandekerchove de Kain construira le mannequin en
chêne. Monsieur Lefebvre, peintre à Tournai, collaborera aussi à ce projet, gageure pour l’époque. Louis Ménart, cordonnier à Tournai, coudra la peau. L’ensemble de l’opération coûtera la somme de 741 francs et 48 centimes (dont 29 francs et 50
centimes pour la couture de la peau).

 

Un tout grand merci au Musée d'Histoire naturelle et à son conservateur pour cette notice.

©Dochy Benoît